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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 09:18
Script entier : (1) - (2) - (3)



Script de Jeux d'enfants

Partie 3

 

Quelle garce ! Quelle magnifique garce ! Dans le genre copine, on n’a pas fait mieux.

- Julien ?

Avouez, elle est pas superbe comme ça ?

- Julien tu m’entends ?

Toujours prête à crever écrabouillé sous un train.

- Ah ! C’était juste une blague ! Un pari de gamin ! Julien… ! Un mariage, c’est quoi au fond ? Des beaux costards, du champ… il suffit de mettre les petits fours au congélo, l’allier autour du foie gras, et c’est bon, hein ! J’ai déjà fait, vous mangerez la semaine prochaine ! Julien… ! Vous vous aimez, c’est l’essentiel, non ? Julien, tu m’entends ? Tu sais que j’peux être un vrai témoin une prochaine fois ! J’serai sérieuse, promis, juré ! J’vais pas cracher, c’est pas mon genre. C’est quoi ça ? Julien ? Julien, j’peux bouger ? Julien, dis moi stop, déconne pas !

- Va en enfer.

- D’accord. Tu m’y accompagnes. On se revoit pas pendant 10 ans. Cap.

 

* * * * *

 

- Ouais, ouais ! Sophie !

- Pas un mot Sergueï.

 

- Oh, cap.

- Quoi ?

- Rien. Au fait, c’en est où cette proposition, là ? De club de D1 ?

- Je sais pas, je les ai pas rappelés encore.

- Ok ! Eh ben tu sais quoi ? On va arrêter de recommencer à se voir

- Attends, si tu dois me jeter toutes les semaines, prends un abandonnement, ça va être plus simple.

- J’en ai marre des petites économies. Maintenant la balle est dans ton camp. En tout cas, moi j’fais pas ma vie avec un footbranleur. Tu crois que tu vas me garder avec ton appart minable, tes payes de galériens et tes matchs intercommunaux tous les dimanches ?

- Attends, de l’argent, j’vais en gagner !

- Non, non, t’as pas compris. J’veux pas que tu gagnes de l’argent, je veux le jackpot, le méga bingo, la super cagnotte du vendredi 13. J’vaux bien ça, non ?

 

* * * * *

 

Et là, ça était le pire. Plus rien, plus rien pendant 10 ans, plus rien pendant 3652 jours et 3653 nuits. Fini le jeu, les jeux, le piment de mon existence. J'ai erré dans ma vie comme quand on erre dans une tragédie de Racine. Hermione version mec. Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Ah ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais. Sophie m'a assassiné. Trucidé. Egorgé. Baisé. Enculé. Et tant d'autres rimes tarées. Et puis j'ai fini par y penser à l'imparfait. Me résoudre au bonheur fade de ma naissance. L'amour, la famille, le boulot, l'antenne parabolique. Du Racine j'vous dis.

 

* * * * *

 

- La poubelle ! Julien ! Les ordures ! Julien, un bisou ! Allez, Julien, les enfants !

- Allez, clic clac, clic clac, patati patata. Voilà.

- C’est pour quand le cadeau ?

- Chut ! Faut rien dire ! C’est pour l’anniversaire de mariage. Vous savez tenir un secret ? Bah, un secret de dinosaure ? Bah, un secret d’espion ? Bah un secret…

- D’ectoplasme.

- Ouais, un secret d’ectoplasme. D’accord ? Bah tiens ! Tu vas cacher ça, c’est pour Maman ! C’est pour ce soir, je l’offrirai ce soir, c’est une surprise, d’accord ?

- Maman, maman, regarde pas ce qu’on a caché pour toi !

- Je regarde pas, c’est promis !

 

* * * * *

 

Je vous présente ma vie vers 35 ans : j’avais tout. 1 femme, 2 enfants, 3 potes, 4 cartes de crédit, 5 semaines de vacances, 6 ans dans la même boîte, 7 fois mon poids en matériel Hi-Fi, 8 coïts conjugaux par trimestre, 9 fois le tour de la Terre en emballage plastique, couvercles de polystyrène et d’autres packaging alimentaires non dégradables, et 10 ans sans voir mon père. Le bonheur. La panoplie du parfait tyran dont j’avais rêvé toute mon enfance. C’était donc ça être adulte. Avoir un compteur qui affiche de 0 à 210 et ne jamais faire que du 60.

- Allo ? Allo ?

Environ 40 ratages du genre avec Papa. 96 mensonges à mon patron.

- Oui. Oui Dorsac. Oui, j’arrive. Non, non, j’arrive, j’arrive. J’arrive pour 10h à tout cassé. 10 minutes j’te dis. Non, non, commence la réunion sans moi. Tu sais ce que c’est les embouteillages du lundi matin. Hein ? Allez, à toute.

97 maintenant.

- Allo Sophie ? Cap ?

123 cauchemars où j’étais enfin devenu un tyran.

- Hein ? Si, si, j’écoute. Oui. Oui j’arrive. Ok.

La ville avait changé. La mort aussi. 489 heures à glander au cimetière dans l’espoir qu’elle vienne encore me chanter la vie en rose. Ben faut croire que j’ai pas besoin d’elle. Dire que Maman savait voler grâce au jeu. J’étais plutôt loin du compte.

 

* * * * *

 

- Excuse moi. J’suis désolé d’être en retard.

- Où sont tes plans ?

- Oui j’arrive, attends. 2 secondes.

- Attends, viens : ils sont là. Là, là.

- Bonjour ! Désolé pour le retard. Excusez moi. Bon, je vais vous présenter les plans. Donc une étude faites sur 10 ans…

- 6 mois ! Tu divises par 20, t’es dans le bon !

- Ah ouais, qu’est-ce que j’ai dit ?

- T’as dit 10 ans !

- Ouais, pardon. C’est une étude faite sur 10 mois. Enfin, 6 mois j’veux dire. Donc, l’idée… Merde !

J’étais tranquille. Ca faisait 10 ans jour pour jour que je n’avais plus eu de nouvelles de Sophie. Le pari se finissait aujourd’hui avec la précision et le stress d’un métronome. Et pas de nouvelles. Pas un signe d’elle. A l’évidence, elle m’avait oublié. Moi, pas. Comment l’oublier ? Alors que je voyais son mari tous les jours ! Il était devenu le héros de la nation, adulé par les hommes, fantasmé par leur femme. Sexy Sergueï comme l’avait élu 3 magazines féminins, et sacré meilleur buteur de l’année. J’ai jamais autant détesté le foot.

 

* * * * *

 

- Alors ?

- Alors, euh… Ecoute, je, je… je sais pas là. Parce que… C’est la version définitive ça ? C’est… Je sais pas. T’aimes bien toi ?

- Ouais.

Quant à l’avis (ou la vie) de Sophie, je pouvais facilement l’imaginer.

- C’est vraiment pas ça…

- C’est naze.

C’était naze.

- C’est ça, c’est naze.

- C’est vrai, ce spot est naze.

- Bon, Sophie, c’est une réunion de travail. J’ai eu un mal de chien à négocier ce contrat. Alors, naze ! C’est peut-être un peu beaucoup ! Est-ce que tu sais qui est-ce qui a réalisé ce spot ?

- Steph et Daniel. Mais même si ça avait été co-signé par Daphie Dog, Gandhi et le Pape, ce serait naze quand même.

- Bon, c’est pas un jeu Sophie ! Sergueï !

- Hein ? Euh, je… j’ai le droit de refuser ça, non ?

- Non ?

- Vas y. Alors ? Qu’est-ce que je décide ?

- Bah, tu décides que ce spot est naze.

- Attends, ‘tends, ‘tends. Parce que... il y a un truc qui me brûle le dos. Qu’est-ce que ça fout là, ça, ton nanour ?

- Un nanour, ça apprécie pas d’en faire.

- Dites moi, monsieur Sergueï Nimov Nemovitch, avez-vous dit bonjour à votre femme récemment ?

- Euh, non, pas depuis hier. Mais vous ? Madame Nimov Nemovitch, vous avez dit « je t’aime » à votre mari, récemment ?

- Non, pas depuis 100 ans. J’t’ai jamais dit « ornithorynque » non plus, et je pense qu’il faut réparer cet oubli. Ornithorynque.

- Ornithorynque.

Le doute n’était plus permis. Elle m’avait oublié.

- Tu vas vraiment sortir ce soir ?

 

* * * * *

 

- Je hais le foot.

- Et Poutou, t’es cap de faire ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça, et ça ?

- Dis moi, t’es cap de faire pleurer une fille le jour de son mariage ? Hein ? T’es cap de rire quand t’es malheureux, de te taire pendant 10 ans ? Hein ? Dis moi, t’es cap ?

- J’ai rappelé Georges et Margarette, ils nous rappellent pour cette histoire d’assurance. Non mais t’imagines ! Moi, j’ai juste fait ça pour leur rendre service. C’est vrai, j’dirige l’agence. Mais c’est pas pour autant qu’il y a marqué « Armée du salut » là. Eh oh ! Eh toi, tu m’écoutes déjà plus ?

- Hein ? Non. Enfin, pas plus que depuis 10 ans. Donc…

- Oh, donc non, hein ! Tu sais qu’il existe une vie après le bureau ? T’as des gros soucis avec Dorsac, c’est ça ? Mais regarde moi ! T’es gonflé quand même ! C’est Dorsac que t’aurais dû épousé. Regarde ce qui est arrivé ici, et qui est-ce qui t’a expédié ceci par courrier, s’il te plaît.

- Bah des échantillons. Pourquoi ici, et pas au bureau ?

J’avais passé 10 ans en apnée. Je me sentais comme un chien qui a pissé sur la moquette et qui attend que son maître se rende compte pour recevoir sa raclée. Et un certain lundi soir, la raclée est tombée. Ca m’a fait un bien fou.

- Y a Julien, les enfants.

- Ca me fait plaisir de vous voir.

- Pour nos 10 ans de mariage, c’est trop… !

- Les enfants sont là ?

- Oui, tout le monde est là. Regarde qui est là ! Viens voir !

- Sophie ?

- Salut Julien !

- Salut Clo ! J’suis ravi ! Je reviens, hein ! Un instant.

 

 

- Mais quel courrier ? Un e-mail ! Et pourquoi tu l’envoies pas d’ici ? Attends, en plus y a Clo qui est là, mais… Julien, j’te demande de rester. Non, j’te demande de rester !

 

* * * * *

 

- Sophie ? Sophie ! Ca va ?

- Allo, police ? C’est Madame Nimov Nemovitch. Venez vite, le maniaque est revenu ! Au secours, il a… J’ai chronométré une fois, il leur faut qu’une minute. Oh non, oh non, pas ça ! J’le tiens de ma grand-mère ! Oh, s’il te plaît ! C’est long 10 ans !

Sacrée Sophie, le jeu avait repris sur les chapeaux de roue. Du bonheur à l'état pur, brut, natif, volcanique, quel pied ! C'était mieux que tout, mieux que la drogue, mieux que l'héro, mieux que la dope, coke, crack, fitj, joint, shit, shoot, snif, pét', ganja, marie-jeanne, cannabis, beuh, péyotl, buvard, acide, LSD, extasy. Mieux que le sexe, mieux que la fellation, soixante-neuf, partouze, masturbation, tantrisme, kama-sutra, brouette thaïlandaise. Mieux que le Nutella au beurre de cacahuète et le milk-shake banane. Mieux que toutes les trilogies de George Lucas, l'intégrale des muppets-show, la fin de 2001. Mieux que le déhanché d'Emma Peel, Marilyn, la schtroumpfette, Lara Croft, Naomi Campbell et le grain de beauté de Cindy Crawford. Mieux que la face B d'Abbey Road, les CD d'Hendrix, le nouveau p'tit pas de Neil Armstrong sur la lune. Le space-mountain, la ronde du Père-Noël, la fortune de Bill Gates, les transes du dalaï-lama, les NDE, la résurrection de Lazare, toutes les piquouzes de testostérone de Schwarzy, le collagène dans les lèvres de Pamela Anderson. Mieux que Woodstock et les rave-party les plus orgasmiques. Mieux que la défonce de Sade, Rimbaud, Morisson et Castaneda. Mieux que la liberté. Mieux que la vie…

 

* * * * *

 

- Allo ?

- Oui ?

- Ici l’hôpital Saint Antoine. Je voudrais parler à Madame Janvier.

- C’est… c’est moi.

- Votre mari a eu un accident de voiture.

 

* * * * *

 

- Si tu veux pas comprendre, fous moi la paix. J’te l’ai dit, c’est mon plus vieux copain. On se connaît depuis la primaire.

- Vieux copain. Mais tu me l’as jamais présenté.

- Tu m’as jamais présenté ton équipe au complet, pourtant tu la vois tous les jours ?

- ‘Tends, ‘tends, ‘tends, tu le vois tous les jours lui ? Sophie, c’est qui ce type ? Si il est ce que je crois, je le tue.

- Ben tu vois, il a plus besoin de toi pour ça.

 

- Ca va aller Madame Janvier ?

Pour être tout à fait honnête, ce coup là, j’étais carrément en colère contre Sophie. J’m’étais promis que quand je serai sur pied, j’en ferai baver des ronds de chapeaux. Puis, vous savez, avec le temps, on pardonne. On finit même par en rire. Après tout, ce n’est qu’un jeu.

- Venez.

- Sophie !

- Julien, t’étais où là ? On te cherchait partout.

- J’ai cherché les toilettes.

- Ca va ?

- Ouais, ouais.

 

* * * * *

 

- Une soirée aux urgences. C’est ça que tu me réservais pour nos 10 ans de mariage ?

- J’vous fais mal ?

- Non, ça va, ça c’est rien.

- Mais… mais qu’est-ce que vous lui avez donné là ?

- Chérie, j’suis désolé pour tout à l’heure. Je sais pas ce qui m’a… Bon, ça va là, tout va bien, hein ? J’suis là. Tu sais, moi, le cambriolage, tout ça, moi j’m’en fous. C’est pour toi que j’suis désolé. Alalala… Putain de journée de merde, hein.

- Préparez moi de la tarax. Ce sont des choses qui arrivent… Vous inquiétez pas ! Contre le coup du choc.

- Qu’est-ce que j’ai fait moi ? Sophie !

 

- Julien ?

- Sophie, pardonne moi.

- Julien ? Quelle conne ! Ramène moi à l’hôpital.

- Quoi ?

- Ramène moi à l’hôpital !

- Sophie ! Sophie ! Sophie !

- Prends ton parapluie, où tu vas ? Tu vas être trempée là.

- Cap !

- Julien, regarde moi ! Mais attends Julien !

- Dis le, j’t’en prie !

- Ramène moi !

- Quand elle me prend dans ses bras, elle me parle tout bas, je vois la vie en rose, elle me dit des mots d’amour, des mots de tous les jours et ça me fait quelque chose.

- Les enfants nous attendent ! Julien !

- Tu vas te la fermer !? Tu vas te la fermer la gueule, toi ?

Le plus ennuyeux dans cette affaire, c’est que je me rappelais plus exactement de toutes les paroles. Mais bon, l’intention y était. La seule chose qui aurait pu m’arrêtait,  c’aurait été un bon poing dans la gueule.

- T’es un malade ! Mais t’es un malade !

- Julien ?

- Sophie.

- Ca suffit, réveille toi. Tu me laisses pas toute seule, hein ! Tu te réveilles maintenant. Réveille toi, réveille toi, j’t’en supplie. Reviens ! Reviens, j’t’en supplie ! Reviens ! Me laisse pas toute seule ! Non, c’est trop facile. Tu la mérites pas. Viens ! Viens la chercher ! Me lâche pas, cap ou pas cap ? Cap ou pas cap ? Julien ? Julien, tu m’entends ? Je sais que tu m’entends ! Reviens ! Cap ou pas cap ? Julien, CAP ! Viens !

 

* * * * *

 

- On se quitte plus.

- Jamais.

Pour gagner ce jeu, il faut une jolie boîte, une jolie copine, et le reste, on s’en fout.

- Tu sais, y a 2-3 trucs que tu m’as jamais demandé et que je regrette. J’aurais été cap.

- Genre ?

- Manger des fourmis, insulter les chômeurs qui sortent de l’ANPE, t’aimer comme un fou !

 

Et voilà. C’est comme ça qu’on a gagné la partie. Ensemble. Heureux. Et là, au fond du béton, on a enfin partager notre rêve d’enfant : le rêve d’un amour sans fin…

 

* * * * *

 

- B, B… Y a bien bragmare ou bite, mais ça rapporterait pas grand-chose… Branler ! Comment t’écris ça, toi ?

- Euh, écrire, ça, j’ai jamais fait !

- Qu’est-ce qui pourrait bien y avoir d’autre ?

- Et bander, tu peux pas ?

- Et toi !?

 

- Je suppose que vous avez des revendications. Et vos enfants ? Vous avez pensé à vos enfants ? Qu’est-ce qu’ils vont dire quand…

 

- Un orange pour toi, un orange pour moi. Tu aimes les bleus ? Parce qu’il y en n’a qu’un. Je te donne le bleu, comme tu es gentil. Et je te prends un violet. D’accord ?

- Je t’aime.

 

Sophie, c’est ma meilleure copine !

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Published by Inside-the-clouds Webmaster - dans Jeux d'enfants - le film - Love me if you dare
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commentaires

elisabeth 29/12/2010 19:35



Merci grace a toi j'ai enfin pu trouvé un passage que je cherchais depuis longtemps !! MERCI !! :D



Inside-the-clouds 29/01/2011 12:57



:D Ca me touche! Ca fait plaisir de savoir être lue et de servir à des gens ;)



capucine 04/02/2009 00:51

Merci, merci et merci !

SH. 04/02/2009 22:01


C'est avec grand plaisir! :)


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