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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 09:13

Voici une petite analyse du film Jeux d'enfants, réalisé par Yann Samuell, avec Guillaume Canet et Marion Cotillard.

Des caractéristiques du film, des thèmes de l'enfance et de l'amour, du temps, des symboliques du film : voilà les thèmes que j'aborderai.

La suite de ce post est plutôt conseillée à ceux qui ont déjà vu le film, qui pourront ainsi comprendre ce à quoi je fais référence. Elle est déconseillée aux autres personnes, surtout que cela fera perdre la magie du film. (Attention aux spoilers !)

 

Vous pouvez également lire mes autres articles sur le film :
la fiche du film et les répliques cultes
les explications des subtilités du film

le script du film (1) (2) (3)

 

 

 

Jeux d’enfants conte l’histoire d’un amour compliquée et romantique, liée à un jeu pervers et destructeur.

Quelques caractéristiques du film

 

Beaucoup de poésie : « J'ai erré dans ma vie comme quand on erre dans une tragédie de Racine. Hermione version mec. Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? Ah ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais. Sophie m'a assassiné. Trucidé. Egorgé. Baisé. Enculé. Et tant d'autres rimes tarées. Et puis j'ai fini par y penser à l'imparfait. » (en référence à Andromaque de Racine) ou « L’or de tes cheveux s’y reflètent, et l’organe semble si disgracieux au regard de tes seins, abandonne ton esclave transi la contemplation de tes boucles… » (lorsque Julien essaie de séduire Aurélie Miller pour avoir ses boucles d’oreille)



Un côté fantastique, une féerie à la Mary Poppins, un aspect mythique où tout surdimensionné : ils sont dans leur monde sans être conscient de ce qui les entoure.
Tout ceci permet d’adapter à une comédie le processus de la tragédie antique où les personnages sont prisonniers de leur destin. Il s’agit alors en quelque sorte d’un conte, avec cette dimension décalée et surréaliste du film.

 

 

Le film est constitué d’un univers visuel très fort :
Tout ce qui concerne les images visuelles du film : 

Les accélérés : lorsque Julien fait le bilan de sa vie à 35 ans : « Je vous présente ma vie vers 35 ans : j’avais tout. 1 femme, 2 enfants, 3 potes, 4 cartes de crédit, 5 semaines de vacances, 6 ans dans la même boîte, 7 fois mon poids en matériel Hi-Fi, 8 coïts conjugaux par trimestre, 9 fois le tour de la Terre en emballage plastique, couvercles de polystyrène et d’autres packaging alimentaires non dégradables, et 10 ans sans voir mon père. »

La caméra qui vole : les plans lorsque Julien et Sophie, encore enfant, sont punis par leur directeur : « Séparez les ! Séparez les Mademoiselle ! - Nous séparer. Ils n'ont jamais été caps d’y arriver. »

La charte des couleurs : l’enfance de Julien et Sophie est marquée par des images très colorées, comme un souvenir qu’on peut garder de sa propre enfance. Après, la ville passe d’une dimension familiale à une dimension surhumaine : adultes, l’image a un coté épuré, design, zen. Mais on a également un aspect un peu grisatre à la fin de la période adulte quand les emmerdes et les responsabilités s’accumulent. On met en valeur les sentiments des personnages dans une sorte d’économie visuelle.

 

Les effets spéciaux : lorsque le train arrive alors que Sophie est attachée sur les rails « C’est quoi ça ? Julien ? Julien, j’peux bouger ? Julien, dis moi stop, déconne pas ! », ou lorsque, à la fin du film, Julien et Sophie disparaissent dans le béton ensemble.


Un univers graphique : la scène où, encore enfant, Julien rêve qu’il est avec Sophie dans le jardin d’Eden avec le directeur de l’école, ou encore la scène où Julien enfant "vole"… un décor très coloré et très théâtrale. 



L’enfance et l’amour


C’est un film symbolique, où deux personnes ont beaucoup de difficultés à se dire qu’ils sont amoureux. Ils ont peur de construire quelque chose qui les conduirait à une vie normale, ils préfèrent donc détruire leur histoire d’amour en s’obligeant à relever des défis insensés. Ils détruisent leur histoire par peur de ne pas la construire. Finalement, elle se termine dans une espèce d’apothéose où l’amour et la mort se mêlent. Le but de Julien et de Sophie est d’être heureux ensemble pour toujours et ils le sont même dans la mort. A la fin, ils réussissent à vivre leur amour d’une manière définitive et ascensionnelle.

 

Par les défis lancés à tout moment de leur vie, enfant ou adulte, on a le sentiment que les personnages se trouvent « emprisonner » dans une bulle, qu’ils s’enferment dans une enfance éternelle. Il y a un certain refus du monde adulte. Mais les personnages ne restent pas enfants à jamais. Ils assument leur vie. Ce qu’ils vivent en tant qu’enfants est la même chose que ce qu’ils vivent en tant qu’adultes. On pourrait même passer de la dernière scène où ils sont enfants, à la dernière scène où ils sont adultes, tout le reste n’est que circonvolutions amoureuses…

 

 

Il est, de la même façon, accordé une grande importance à l’enfance des personnages, notamment en matière du temps de leur apparition. En effet, les acteurs jouant Julien et Sophie enfants sont présent dans près du tiers du film, c’est-à-dire 30 minutes, alors qu’habituellement, dans les films, l’enfance des personnages est passée en vrac en 4 ou 5 minutes. Mais également, cette période de la vie des personnages est d'autant plus importante que les images du film sont d'une couleur "jaunifiée", comme pour différencier l'enfance à la période d'adulte.

 

Le temps

 

D’ailleurs, il y a toute une continuité dans l’intrigue. Le temps est mesurable.

On peut donc comprendre que tout au début du film, Julien et Sophie n’ont que 10 ans lorsqu’ils se lient d’amitié.

Ensuite 20 ans lorsqu’ils passent à la vie d’adulte où « les choses sérieuses ont commencé », car on peut comprendre par les répliques d’Aurélie Miller, qu’ils sont à la fac (« Bon bah dégage ! Je hurle et toute la fac déboule »)… les défis s’enchaînent et les mois passent…


Vient ensuite le temps d’une rupture de quelques mois, où Sophie a eu du mal à pardonner à Julien du fait qu’il avait pris leur premier baiser comme un pari. Elle revient alors lui parler (21 ans), mais Julien est trop occupé dans ses révisions… Ils se donnent alors rendez-vous dans un an (« On se revoit dans un an. »).

Finalement, c’est quatre plus tard (« Elle porte la même robe que j’portais la dernière fois qu’on s’est vu. C’était y a combien… 4 ans ? »), à 25 ans, qu’ils se retrouvent : Julien invite Sophie au restaurant pour lui annoncer son mariage avec Christel.

Julien et Sophie coupent les ponts pendant 10 ans… Et finalement 10 longues années plus tard, ils se retrouvent enfin !

Cette mesure du temps peut également être faite – aussi drôle soit-elle – par la coupe de cheveux de Sophie : elle donne une image du personnage dans toute son évolution, tout au long de sa vie, de l’age de 10 ans à l’age adulte. En effet, Marion Cotillard, pour jouer l’étudiante de la vingtaine, a une frange et de longs cheveux. Ensuite, à 21 ans, finit la frange, bonjour les cheveux longs. A 25 ans, elle a les cheveux mi-long, souvent attachés. Enfin, à 35 ans, elle a belle coupe carrée, qui lui va magnifiquement.

 

Les symboliques du film

 

Chaque scène est "la" scène du film. Chaque scène est importante, a un sens entier dans le film. D’ailleurs, on remarque bien cette caractéristique tout à la fin du film, lorsqu’on voit défiler toutes les scènes qui remontent de l’age adulte à l’enfance des personnages, où l’on voit finalement Julien et Sophie s’embrasser.

 

 

Les différents « Caps ou pas cap ? »

- pour Julien : « Tu la donnes et tu la reprends. Si tu la veux vraiment, prouve le moi. » : Julien fait partir le bus rempli d’écoliers, en appuyant sur la pédale.
- pour Sophie : « Il te tapera pas Julien. Cap ! Tapez pas, vous avez pas le droit, arrêtez ! » : le père de Julien veut le punir d’avoir fait partir le bus.
- pour Julien : « 8 fois 7 ! 9 fois 7 ! 3 fois 7 ! - 21. » : Julien vient en bas de chez Sophie pour lui faire réciter ses tables de multiplication.
- pour Sophie : « B comme bite. B comme brouter, brouter la moquette. Bordel aussi, braguette, bistouquette » « Barre toi si tu veux. Boudin baveux. Barre toi boudin baveux. » : Sophie se montre grossière envers son institutrice.
- pour Julien : « C’est un super jeu ! Le problème, c’est qu’il fait vraiment rire personne. » : Julien pisse dans le bureau du directeur.
(- pour Julien : « En tout cas, si moi j’me marie un jour… - Tu diras non au curé, cap ou pas cap ? - Cap bien sûr ! » : Julien, encore enfant, relève le défi de dire non le jour de son mariage. Ce que Sophie retient, et rappellera à Julien lorsqu’il voudra se marier)
- pour Julien puis Sophie : « Bon, cap ou pas cap ? - Caaap ! - Mouais ! - Hmm, quoi « mouais » ? - C’est juste à cause de ça que les hommes sont mieux payés que les femmes ? », « A mon tour ! Montre moi ta zizette ! - C’est pas du jeu ! C’était MON gage ! T’as pas le droit de copier ! - Cap ou pas cap ? - Cap. - C’est tout ? Mais on voit rien du tout ! » : Julien et Sophie jouent à se montrer leur « zizette »
- pour Julien : « Tire la nappe ! » : Au mariage de la sœur de Sophie, Julien tire la nappe de la table en dessous de laquelle ils étaient cachés.
- pour Julien : « C’est sûr. J’suis juste bonne à jouer. Ok, la prochaine à cloche pied, cap ou pas cap ? » : à l’hôpital, Sophie vient voir Julien dont la mère est mourante, et le fait jouer pour montrer qu’elle-même ne sait rien faire d’autre.
- pour Sophie : « Et si, ce matin… Ce matin, Sophie va mettre le soutif… » : devenus ados, Julien demande à Sophie de se mettre en soutif lors de son examen oral de mathématiques.
- pour Julien : « T’aurais tort de t’en priver. Au passage, tu me ramèneras ses boucles d’oreille, cap ? » : Sophie demande à Julien de ramener les boucles d’oreille immondes d’Aurélie Miller, celle que Julien draguait lors du passage oral de Sophie.
- pour Sophie puis Julien : « T’oublies ton Igor là, le prof de gym. Celui qui a un tour de biceps plus grand que son périmètre crânien, hein ? », « A ton tour ! A ton tour, grouille ! - Igor, calme toi ! Tu connais les paris stupides, genre… euh… Blaise Pascal ? Il a peur de ne connaître. Wah ! » : Sophie et Julien s’amusent à frapper Igor, un professeur de sport.
- pour Sophie : « Va lui filer un coup de pied dans les couilles. » : et ça continue avec le pauvre Igor…
- pour Julien : « Embrasse moi, cap » : après avoir essayé de reprendre la boîte de manège, Sophie se rapproche physiquement de Julien et a une envie de l’embrasser... elle lui lance alors le défi de le faire.
- pour Sophie : « Sophie, pardonne moi ! » : Sophie ne pardonne pas Julien d’avoir pris ses paroles à la légère lorsqu’elle lui demandait de l’aimer ; Julien lui demande alors de lui pardonner.
- pour Julien : « Allez, réussis ton concours ! Cap ou pas cap ? - J’suis désolé. » : à la bibliothèque, Julien révise un concours de fin d’année ; Sophie demande alors de le réussir.
- pour Sophie : « Profite en, t’es dans un bibliothèque. Y a pas mieux pour réviser. Cap ? » : Julien lance à Sophie le pari d’ « étudier l’homme » dans la bibliothèque même.
- pour Julien : « T’essaies de me faire mal. Sois ridicule Julien, t’en n’es même pas cap » : Julien donne un préservatif à Sophie en lui demandant d’être prudente, ce qui la blesse alors ; elle lui dit donc qu’il n’est pas capable de réellement lui faire mal.
« Tu te souviens de ce jour là où tu m’as dit que je serais jamais cap de te faire du mal… Cap ! Cadeau ! Comme ça, on est quitte ! » : après 4 ans sans nouvelles, Julien revoit Sophie et lui annonce qu’il se marie… avec une autre. Il la blesse alors profondément.

- pour Sophie : Elle relève le défi de rester debout, sur les rails d’un train, les yeux bandés, pour se faire « pardonner » de ce qu’elle a fait au mariage de Julien.
- pour Julien : « On se revoit pas pendant 10 ans. Cap.» : alors que le train arrive, Julien ne lui en informe pas, tant il est en colère contre Sophie d’avoir gâché la cérémonie du mariage… Sophie en veut alors à Julien de ne pas lui avoir dit de s’en aller des rails.
- pour Julien : « Non, c’est trop facile. Tu la mérites pas. Viens ! Viens la chercher ! Me lâche pas, cap ou pas cap ? Cap ou pas cap ? » : après avoir reçu un bon coup de « poing dans la gueule », Julien reste inconscient ; Sophie lui demande alors de se réveiller.


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Published by Inside-the-clouds Webmaster - dans Jeux d'enfants - le film - Love me if you dare
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commentaires

Ju 07/12/2011 01:15


Je reviens juste pour ajouter qu'il ya une faute également dans la citation suivante. C'est très étonnant! Ce n'est pas "Nous séparer. Nous n'avons jamais été cap d'y rêver" la vraie citation est
"Nous séparer. Ils n'ont jamais été cap d'y arriver". Ce ne
sont pas les deux jeunes héros qui veulent se séparer à ce moment-là du film! Pas du tout! Il s'agit bien sûr de l'autorité et de l'école : le directeur, les instituteurs, les parents, qui
veulent les séparer pour les empêcher de continuer à faire des bêtises. Vous avez dû comprendre le film d'une drôle de manière... Moi même simplement parce que j'ai vu le film plusieurs fois je
suis "cap" de corriger les citations dans ma tête quand je les lis, alors vérifiez donc avant d'écrire! Vous êtes censé connaître le sujet si vous écrivez une critique... J'éspère ne pas
vous avoir vexé ce n'est pas mon but. C'est juste pour les futurs internautes qui liront l'article. Merci

Inside-the-clouds 12/12/2011 00:50



Merci pour vos remarques. Les fautes sont désormais corrigées. 
Je suis une simple fan comme vous ;) 



Ju 07/12/2011 01:03


Il y a un souci au niveau des citations dans cet article... Je ne suis pas une spécialiste de cinéma, en revanche je suis fan du film "Jeux d'enfants" et et on voit d'emblée les fautes
dans les citations... Surtout qu'au final les phrases citées déformées ne veulent plus rien dire! Ce n'est pas "8 côtes
conjugaux par trimestres, 9 fois le tour de la terre en emballages plastiques couvert de polystyrène et d'autres packaging
alimentaire non dégradables" cela ne veut rien dire! C'est "8 coïts conjugaux" et "emballages plastiques,
couvercles de polystyrène et autre packaging alimentaire non biodégradables". Vérifier les citations exactes avant de les écrire
serait plus sérieux! D'autant plus que les images sont assez claires pour comprendre les mots dans le film! De plus, il suffit de chercher sur internet pour avoir les citations exactes! Vérifiez
les sources avant d'acrire un article. Cela dit ce n'est pas une critique, juste une remarque car en tant que fan du film cela m'a un peu hérissée. Pardonnez-moi donc pour ma franchise un peu
brutale. Bonne continuation. Amicalement.

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